Dans «Lauzanne», Mathias Howald épelle le silence d'un père
Publié chez Paulette éditrice, le court livre de Mathias Howald construit quatorze chapitres autour des mots posés par son père lors de sa dernière partie de scrabble.

«Lauzanne», de Mathias Howald, paraît chez Paulette éditrice, maison lausannoise qui fête cette année son dixième anniversaire, selon Le Temps. L'auteur a lu des extraits du livre aux côtés de cinq autres plumes de la maison lors d'une lecture publique à Lausanne, le 18 septembre.
Le livre, placé sous le signe de Georges Perec et du scrabble, est le souvenir que Mathias Howald garde de son père, qui l'a initié à la fois à l'écrivain et au jeu. Ses quatorze brefs chapitres portent les titres des mots que le père a placés sur la grille lors de ce qui s'est révélé être sa dernière partie — de «polje» à «ta». Selon Le Temps, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style: le livre est mince mais d'une remarquable densité, et chaque mot y pèse de tout son poids, y compris de sa polysémie. Howald rappelle que le verbe anglais «to scrabble» signifie aussi gratter, racler, se battre ou lutter avec les griffes ou les mains.
Le Temps décrit une relation pleine de pudeur, dans laquelle la bibliothèque familiale et le jeu de scrabble constituaient un territoire que le père et le fils pouvaient habiter silencieusement en commun. Au jeu, le père impressionnait son fils par l'étendue de son vocabulaire et la vivacité de son esprit. Howald écrit qu'il ne peut dire si son père «était un homme heureux», mais qu'il a, avec le temps, appris à se satisfaire de ses explications incomplètes et de l'expression rare de ses sentiments.
Le père était ingénieur civil — dans un pays si fier de ses barrages et de ses galeries — alors qu'il aurait peut-être pu devenir écrivain, selon Howald. Le Temps le décrit comme un homme retranché derrière un «barrage de silence», évoluant au fond de «galeries intérieures» d'une profondeur insondable.
Sources
Cet article a été écrit à partir de ces parutions.

